Le terme Kwawala désignant un potlatch est asa. À leur arrivée, les Européens ne s'opposèrent pas au potlatch, avant que les missionnaires et les représentants du gouvernement n'interviennent sur le territoire Kwakwaka'wakw. Dès le début, les missionnaires s'inquiétèrent du potlatch, qu'ils considéraient comme l'expression d'un véritable cannibalisme. La presse exagéra même les descriptions de danses Hamasa. Cette danse est l'événement le plus remarquable de la cérémonie qui marque le potlatch.
L'autre inquiétude portait sur le mariage Kwakwaka'wakw qui permettait aux femmes d'obtenir une position élevée en se mariant plusieurs fois. Beaucoup de ces mariages étaient uniquement symboliques et le moyen, pour les familles, d'obtenir les droits des danses que seule la famille de la mariée pouvait transmettre. C'est ainsi que la plupart des mariages furent arrangés jusqu'à la fin des années 1960.
Le gouvernement Canadien interdit l'organisation de potlatch en 1885, en partie parce qu'ils croyaient que ces cérémonies nuisaient à la croissance économique du pays. Les non autochtones et les entreprises tributaires du marché, en particulier les conserveries locales, avaient besoin de travailleurs autochtones. Ces entreprises ne pouvaient accepter l'inconséquence d'une main-d'uvre autochtone, qui devait consacrer son temps et son énergie au potlatch. Les agents fédéraux indiens du Canada étaient préoccupés par ce qu'ils considéraient comme des problèmes venant de l'expansion des potlatchs et estimaient que les Autochtones étaient trop ancrés dans leurs anciennes traditions.
Du point de vue des Kwakwaka'wakw, il fallait un gigantesque effort économique pour accumuler les objets offerts lors d'un potlatch. Les Kwakwaka'wakw, toujours très travailleurs, commencèrent bientôt à s'inspirer du système économique européen pour renforcer et étendre les potlatchs, achetant des objets donnés aux "témoins" assistant aux cérémonies comme moyen de paiement pour se rappeler et enregistrer les événements qui s'y produisaient. C'est un aspect extrêmement important du potlatch, car c'est le meilleur moyen de rapporter l'histoire des Kwakwaka'wakw. Ce peuple était déterminé à perpétuer la tradition. C'est la partie fondamentale de notre système sociétal, le lien étroit qui retient notre culture.
Dans un discours prononcé à Fort Rupert, en 1896, les Kwakwaka'wakw demandèrent à des anthropologues, notamment à Franz Boas, de les appuyer. Boas et plusieurs autres protestèrent contre la loi qui rendait le potlatch illégal, mais elle resta en vigueur. Les premiers efforts de poursuite judiciaire furent un échec, vu l'impossibilité d'appliquer la loi. Celle-ci était incapable de définir un potlatch, de sorte que les décisions furent déboutées. À une occasion, l'agent indien essaya de contourner la loi en procédant à des arrestations sous l'inculpation d'intrusion dans une autre réserve.
En 1913, un nouvel agent indien, William Halliday, qui était contre l'organisation de potlatch, ne fit d'abord aucune intervention avant la nomination de Duncan Campbell Scott au poste de surintendant général des affaires indiennes, qui, lui, commença à faire bouger les choses. Halliday recevait désormais les ordres qu'il attendait de Scott pour supprimer cette fête. Plusieurs arrestations eurent lieu, mais, une fois de plus, seules des condamnations avec sursis furent décidées par les tribunaux ou même, comme dans un cas, la demande fut complètement déboutée, faisant échouer les efforts de Scott et de Halliday pour obtenir des condamnations. En fin de compte, Scott demanda à faire modifier la loi anti-potlatch au Parlement, et il obtint gain de cause. Ces modifications firent passer l'acte criminel d'infraction criminelle à délit mineur. Cette mesure eut des effets considérables sur les Kwakwaka'wakw, car désormais Halliday, en tant qu'agent indien, était également le juge de paix. Il pouvait non seulement instruire une cause, mais avait aussi les pleins pouvoirs pour déclarer quelqu'un coupable et le condamner.
Deux hommes, Amos Dawson et Bob Harris, furent immédiatement arrêtés, jugés et condamnés à deux mois d'emprisonnement à la ferme pénitentiaire d'Oakalla, près de Vancouver, en Colombie-Britannique. Dans des causes ultérieures, d'autres Indiens furent autorisés à plaider coupables et à recevoir des condamnations avec sursis s'ils acceptaient d'abandonner leur participation au potlatch. Dès l'installation du détachement de la Gendarmerie royale du Canada à Alert Bay, les arrestations augmentèrent, accompagnées, cette fois, de condamnations et de peines d'emprisonnement.
Les 'Namgis, les Mamalilikala et les Weka'yi signèrent des engagements indiquant qu'ils abandonneraient l'organisation de potlatch. Selon l'une des clauses permettant d'alléger les condamnations, ils furent illégalement obligés de céder tous leurs objets de cérémonie, comme les masques, sifflets, parures en écorce de cèdre et plaques de cuivre. Les Kwagu', les awit'sis, les Da'naxda'w et les Dzawada'enux refusèrent de signer des accords leur imposant l'arrêt du potlatch. Ils furent donc emprisonnés.
La responsabilité officielle de l'agent indien, Halliday, était le bien-être des Kwakwaka'wakw. Il jouait également le rôle de magistrat régional, de sorte qu'ironiquement il devait poursuivre les gens dont il était censé protéger les droits.
Plus de 600 objets liés au potlatch furent abandonnés et, dans l'une de ses déclarations, Halliday indique qu'il avait accumulé plus de 300 pieds cubes de ces trésors. Leurs propriétaires estimaient à 35 000 $ la valeur totale des plaques en cuivre cédées en 1921. Le ministère canadien des Affaires indiennes ne paya qu'un montant symbolique de 1 485 $ pour les masques et autres objets confisqués, mais jamais rien pour les plaques en cuivre.
Les masques et autres biens confisqués furent transportés en plein air par bateau, puis exposés sur les bancs de la salle paroissiale de l'église anglicane d'Alert Bay. Il fut particulièrement pénible pour les Kwakwaka'wakw de voir tous ces biens entassés en plein air, sur le bateau, car il s'agissait d'objets sacrés, considérés comme des trésors. Par respect pour la tradition, ils devaient être rangés à l'abri, dans des boîtes en cèdre, lorsque personne ne s'en servait.
Sous les yeux en larmes de leur famille, les prisonniers furent embarqués à bord pour gagner la prison d'Oakalla, où leurs conditions de détention étaient rudes. Ils furent séparés par sexe, fouillés à nu et finalement fichés selon leurs empreintes digitales et mesurés, encore une fois, nus. Chaque jour, ils étaient comptés et fouillés avant de retourner dans leur cellule. Ils dormaient sur des matelas de paille, sans oreiller. Pendant 10 jours, ils furent enfermés dans des cellules bondées, puis séparés par groupes de travail. Pendant leur séjour à Oakalla, ils durent construire des ponts, abattre des arbres, nourrir les animaux et cuisiner pour la prison.
Inventoriés et emballés dans des caisses, les précieux objets furent envoyés à Ottawa. Ils furent ensuite transférés par le gouvernement au Musée commémoratif Victoria, aujourd'hui le Musée Canadien des Civilisations, à Hull, au Québec, et au Musée royal de l'Ontario, à Toronto.
Halliday vendit illégalement quelques objets à George Gustav Heye, des États-Unis, alors que les objets se trouvaient toujours à Alert Bay . Collectionneur avide, George Heye installa son musée privé des Amérindiens, à New York. Cette collection, désormais publique, porte le nom de National Museum of the American Indian, sous l'égide de la Smithsonian Institution. Duncan Campbell Scott, le surintendant général des affaires indiennes, conserva plusieurs masques pour sa collection personnelle, dont le fameux Bak'was, qu'il accrocha au mur de son bureau. Ces artefacts furent ensuite récupérés dans la collection du Musée Canadien des Civilisations, au départ à la retraite de Duncan Campbell Scott. Il aura fallu presque 60 ans avant que ces objets ne soient retournés à leurs véritables propriétaires, les Kwakwaka'wakw.
Les Kwakwaka'wakw continuèrent de protester contre la loi anti-potlatch par des pétitions et d'autres moyens légaux. Leurs efforts furent vains et le potlatch resta illégal. Malgré ce qui leur arriva, beaucoup poursuivirent leur participation en secret, estimant que c'était leur droit de fêter et de danser en dépit de la loi. Il arrivait que le potlatch ait lieu surtout par mauvais temps, lorsque la police n'aimait pas se déplacer. Les pratiques du potlatch furent également parfois disjointes; les cadeaux étaient distribués séparément, ailleurs qu'à l'endroit où avaient lieu les danses, ou camouflés sous forme de cadeaux de Noël ou de charité. Le nombre de potlatchs diminua avec le temps, à cause des effets de l'économie de marché, de la Crise de 1929 et d'autres tensions dans le monde, les Kwakwaka'wakw s'engageant de plus en plus dans le travail salarié.
La loi anti-potlatch ne fut jamais vraiment abrogée par une intervention législative officielle, mais simplement supprimée des codes juridiques canadiens, en 1951. Les Kwakwaka'wakw espéraient que le gouvernement canadien aurait fait une déclaration précise sur la nature de la loi en l'abrogeant officiellement.
Dès que le potlatch redevint légal, les choses commencèrent à changer. Le chef Andy Frank, un Kwakwaka'wakw qui vivait à Comox, fit une pétition sans succès pour demander au gouvernement fédéral de rendre les trésors des potlatchs et d'aider à créer un musée autochtone pour les exposer à Comox. Plusieurs autres tentatives des Autochtones pour récupérer ces objets n'avaient rien donné. Les Kwakwaka'wakw commencèrent à se concerter pour faire rapatrier leurs trésors, au début des années 1960 et, dix ans plus tard, ils joignirent leurs efforts pour présenter une requête au gouvernement Canadien. C'est ainsi que le Centre Culturel U'mista fut créé le 22 mars 1974, dans le but explicite de négocier le retour de ces objets.
Les Kwakwaka'wakw réussirent à montrer que l'agent indien Halliday avait illégalement fait pression sur eux pour qu'ils abandonnent leurs signes emblématiques. Le conseil d'administration des Musées Nationaux du Canada donna son accord et le retour de ces trésors à leurs authentiques propriétaires put enfin commencer. De plus, le gouvernement fédéral dut admettre qu'il n'avait pas pris correctement soin des objets.
Dans le cadre de l'accord sur le retour des emblèmes, deux musées Kwakwaka'wakw furent construits pour conserver les artefacts dans de bonnes conditions. Chaque famille décida de l'endroit où faire garder ses trésors et l'ensemble des tribus Kwakwaka'wakw participa à la prise des décisions et à la planification pour les deux musées. L'un se trouve à Alert Bay, l'autre, au cap Mudge, sur l'île Quadra, à l'extrémité sud du territoire Kwakwaka'wakw. Le musée Kwagiulth et le Centre Culturel du cap Mudge ouvrirent leurs portes le 29 juillet 1979, quant au Centre Culturel U'mista d'Alert Bay, il ouvrit le 1er novembre 1980.
Les deux musées reflètent, à leur façon, la structure d'une Gukwdzi de cérémonie traditionnelle, ou Grande maison. Chez les Kwakwaka'wakw et tous les peuples autochtones de la côte Nord-Ouest, la Gukwdzi est le lieu où se déroulent les cérémonies spéciales.
Le dessin de la façade du Centre Culturel U'mista, qui représente l'emblème d'un oiseau-tonnerre et d'une baleine, a été calqué sur celui de la Gukwdzi appartenant au chef 'Namgis, Ta wudas, cousin de Joe, Ned et Willie Harris. C'est le maître-sculpteur, Doug Cranmer, qui a peint l'emblème sur la façade de la maison et aidé à créer plusieurs des poutres et poteaux du Centre, y compris les portes d'entrée. Les panneaux ont été sculptés, à l'origine, pour le Pavillon de la Colombie-Britannique de l'Exposition universelle d'Osaka, au Japon, puis donnés au Centre par le gouvernement de la Colombie-Britannique.
Signification d'U'mista :
Autrefois, les gens étaient faits prisonniers
par des groupes d'attaquants. De retour chez eux,
après avoir payé une rançon ou
déclenché une riposte, on disait qu'ils
avaient l'U'mista. Le retour de nos trésors
de musées lointains est une forme d'u'mista,
qui est devenu le nom choisi pour désigner
la société culturelle nouvellement établie,
parce que ces masques, ces costumes et ces plaques
de cuivre sont des U'mista et représentent
le symbole de la survie culturelle des Kwakwaka'wakw.









